Article du En Route magazine de Air Canada

17 mai 2006 at 4:00 Laisser un commentaire

Après avoir survolé le marché francophone, cet oiseau rare se pose en sauveur de la soul et prend son envol vers des sommets mondiaux.


Mars 2004. La Cigale. Corneille s’installe sur scène au son des vivats et des sifflets enthousiastes. Élégamment vêtu d’un costume rayé, il dégage ce parfum de confiance qu’aiment à porter les dandys. « Bonsoir, Paris, comment ça va ? » Ensorcelée, la foule se tait l’espace d’une seconde lorsque l’idole fait entendre son chant, pour aussitôt se frotter aux chœurs d’un répertoire qu’elle connaît par cœur. Cette prestation permet de prendre la mesure du magnétisme exercé par un artiste qui, une fois installé sur les planches, se mue en véritable Mesmer du micro. Fascinant.

Arrive l’heure du rappel. Les remerciements d’usage effectués, Corneille sort un dernier atout de sa manche : une reprise remarquablement sentie de « Sexual Healing », qu’il enchaîne à une autre pièce phare de Marvin Gaye, « Let’s Get It On ». Redoutable pot-pourri. Le public, conquis depuis le début, ne se peut plus. Ce soir-là, le garçon a aussi revisité Stevie Wonder et Bob Marley. Ces emprunts ne sont pas le fruit du hasard : ils laissent présager un virage musical à venir. Un sauveur soul serait-il né ?

Confortablement installé dans sa bulle, Corneille attend qu’on lui apporte le café qu’il a commandé. Tuque à visière calée sur les yeux. Anorak à la mode. Pantalon cargo style camouflage. Digne héritier de Marvin Gaye, Corneille Nyungura ressemble aujourd’hui davantage à un jeune rappeur en transit. « Je suis dans les boîtes », dit-il, comme pour excuser sa tenue. En fait, apprend-on, notre garçon vient de faire un gros carton : il a enfin trouvé un pied-à-terre à son goût. « C’est une très, très vieille maison sur le Plateau-Mont-Royal, avec la cour derrière et tout », confie le nouveau et rayonnant propriétaire. Devenu citoyen canadien il y a un an et demi, Corneille a donc choisi de faire son nid ici, à Montréal. « J’avais déjà posé mes valises, rappelle-t-il, mais là, c’est plus officiel. » Et, au demeurant, autrement convivial qu’une suite dans n’importe quel Hilton de la terre. À quand la crémaillère ? Vraisemblablement au retour d’une tournée en Europe francophone. Pour l’heure, le sieur Corneille doit s’envoler vers d’autres cieux.

Il fera notamment une saucette en Suisse et parcourra l’Hexagone de fond en comble. Fait saillant de son séjour en France : une semaine à l’affiche de l’Olympia, salle mythique de la Ville lumière. Il faut dire qu’au pays de Johnny, où son premier disque, Parce qu’on vient de loin, s’est écoulé par centaines de milliers, Corneille est une star consacrée. Il est abonné aux plateaux de télé, a ses entrées dans le salon de dame Chirac et voit régulièrement son minois enjoliver la couverture des publications à potins.


Si, en début d’année, il s’est principalement occupé du service après-vente de son deuxième album en français, Les marchands de rêves, Corneille a tout de même trouvé le temps de travailler à un nouveau projet qui le stimule particulièrement. Alors que la mode, dans ses créneaux de prédilection, est au formatage sonore et à la production génétiquement modifiée, l’artiste est en train de mettre la main à un album en anglais de facture 100 % naturelle, qui s’inspirera largement du travail de ses idoles de jeunesse. « On a enregistré à l’ancienne, explique-t-il, avec un son années 1960, début 1970, très roots. » Un retour aux racines, donc, inspiré par ces maîtres à chanter qui ont marqué le jeune Corneille et qui, encore aujourd’hui, lui servent de modèles. Il parle avec passion d’une chanson de Sam Cooke, « A Change Is Gonna Come », qui atteste la façon dont expression musicale et commentaire social éclairé, au milieu des sixties, ne faisaient qu’un. « C’est pour ça que je suis resté dans cette époque-là, affirme-t-il. Il n’y a rien qui m’intéresse aujourd’hui, parce qu’il n’y a rien dans la musique qui soit la vie. C’est pour ça aussi que les artistes, aujourd’hui, ne durent pas. »

Corneille ajoute, pour étoffer son raisonnement, que « Marvin Gaye est devenu Marvin Gaye à cause d’un album comme What’s Going On. Si c’était resté sur ce qu’il faisait [avant], on s’en serait souvenu, mais ça n’aurait jamais été aussi fort ». Il cite également en exemple Harry Belafonte ainsi que Nat King Cole, deux hommes qui, « dans une Amérique où le Noir n’avait absolument aucun droit, se sont démarqués par leur volonté, leur succès aussi. Ce sont des gens qui ont autant à voir dans l’amélioration des conditions de vie de l’Afro-Américain que les politiques de l’époque. C’est pour ça qu’ils sont encore là ».

Corneille ambitionnerait-il, justement, de s’inscrire dans la durée, de se trouver une petite branche dans l’arbre généalogique de la soul progressiste ? Il hésite, balaie le mot « ambition » du revers de la main pour confier qu’être artiste, ça ne signifie pas tant mener une carrière éclatante que jouer un rôle nécessaire. « Les musiciens qu’on énumérait tout à l’heure, ce n’étaient pas juste des musiciens, c’étaient des êtres humains extraordinaires, des gens dont la musique a dépassé l’art pour toucher quelque chose de plus universel, explique-t-il avec conviction. Ils observaient le monde, disaient des choses qui comptaient. À leur façon, ces musiciens pratiquaient une manière de journalisme. Moi, c’est à ça que j’aspire. Je veux rester journaliste, je veux être utile en tant qu’artiste. »

Chose certaine, ce « reporter » sait trouver les mots, simples mais éloquents, qui permettent de faire porter le message. Sur son plus récent album en français, il s’adresse souvent directement à un interlocuteur, comme pour nourrir le dialogue. D’ailleurs, la proximité avec le public, qu’elle se vive sur une scène à Paris ou dans la rue à Montréal, est chère à Corneille. Celui-ci révèle qu’un rapport particulier s’est développé tout naturellement, au fil du temps. Aujourd’hui, avoue-t-il, « j’y suis peut-être un peu devenu accro ». Chose certaine, il s’efforce de l’entretenir, de le faire profiter. Cette relation qu’il ne serait pas vain de qualifier d’amoureuse, elle se tisse entre l’artiste et ses partisans et entre les partisans eux-mêmes. Corneille s’en émerveille : « Ç’a été une belle thérapie pour moi de voir que l’homme, et l’humain, avait encore de l’amour et de la compassion pour l’autre. Regarder tous les soirs ces milliers de personnes en face de moi, qui n’avaient rien à voir les unes avec les autres, ni en âge ni en origine ethnique, se retrouver autour de ma chanson, ç’a été une des plus belles leçons de ma vie. »

Cette confession livrée tout naturellement fait écho à un passé tragique, bien documenté. Lui, Corneille le miraculé, qui a vu sa famille disparaître lors du génocide rwandais, a raconté et chanté sa peine, sa douleur. Avec un courage et une franchise qui ont su toucher les gens en plein plexus. Ce parcours extraordinaire est, croit-il, à la base du lien de fidélité qui s’est noué entre lui et sa suite. Il y voit aussi l’une des sources du triomphe qu’on lui fait un peu partout, que ce soit en Europe, en Afrique ou dans les Antilles.


Le succès. Il en a rêvé. Il l’a bien mérité, reconnaît-il, en pensant aux années de dur labeur ayant conduit à la réussite. Après des débuts modestes au sein d’un trio, O.N.E., qui s’est révélé une excellente école, Corneille tente l’expérience du vol en solitaire. L’histoire est connue : on le juge trop ceci et pas assez cela pour faire impression sur les ondes hertziennes. Il persévère, use de ses atouts : charisme indéniable, look parfait, discours éloquent… Son mélange de R&B et de soul contemporaine finit par trouver son auditoire. Corneille a remporté la première manche.

Attendu au détour, il propose une deuxième fournée musicale qui défie les étiquettes. Plus tout à fait soul, pas exactement R&B, de la chanson française, quoi… Comptant sur une palette sonore plus riche, le chanteur approfondit les thèmes déjà abordés. L’accueil est positif. La critique, favorable. Le capital de popularité, entier.

Voilà donc notre oiseau habitué aux sommets, ayant trouvé perchoir sur l’inaccessible étoile. Mais où aller maintenant qu’on est arrivé ? Ailleurs. Pour Corneille, pas question de creuser le même sillon. Déjà, en lançant un deuxième disque moins sautillant, considéré comme plus « adulte », il a pris le virage du changement, quitte à dérouter l’aile jeunesse de son auditoire. « Moi, c’est dans le risque que je trouve le plaisir », avoue-t-il.

Après avoir imposé ses deux premiers disques au mépris des réserves de l’industrie, Corneille est désormais en mesure de tenir son bout. Avec son compère René-Frantz Durosel, il a fondé Angel Dust Productions, sorte de PME artistique qui lui permet de gérer toutes les facettes de sa production. Il peut maintenant concevoir des chansons en anglais en faisant valoir une esthétique légitimée par ses propres convictions plutôt que dictée par une entreprise de séduction. Pour Corneille, il importe de voler en suivant son propre itinéraire.

Distraitement, Corneille tapote le comptoir des doigts, suivant le rythme de ses pensées, manifestement imperméable à la Muzak que répandent les haut-parleurs accrochés aux quatre coins de la pièce. S’emploierait-il à « sauvegarder une idée dans le tiroir mélodique de [sa] mémoire », comme il en a l’habitude, pour usage ultérieur ? Ou serait-il en train de contempler intérieurement sa bonne fortune ? Fort de l’appui des foules, libre de mener sa destinée comme il l’entend, amoureux depuis peu, Corneille a apparemment réuni les conditions propices au bonheur: « Oui, tout à fait, acquiesce-t-il. L’amour a été la dernière étape pour en arriver à un équilibre parfait, à une stabilité indispensable quand on fait le métier que je fais. » Un large sourire vient ponctuer son affirmation. Nous serons fort curieux de vérifier d’ici à la fin de 2006 si, influencé par cet état de félicité nouvelle, le « journaliste » n’aura désormais plus que de bonnes nouvelles à rapporter.

Vos commentaires : courrier@enroutemag.net

Source: En Route Mag
Merci à Billalgirl!

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