Soul acoustique – La Presse

21 novembre 2005 at 9:45 Laisser un commentaire

Il y a trois ans, son premier album en poche, Corneille rêvait de devenir une star. Il voulait briller de Montréal à Paris, vivre dans le luxe. Il ne vivait que pour ça, comme il le chantait dans sa chanson Rêves de star. Il a réussi. Et il doit maintenant écrire la suite de son histoire.

Corneille visait haut. De Montréal à Paris, en passant par Bruxelles et Conakry, il voyait déjà son nom en haut de l’affiche, comme le chante encore Aznavour. Peu de gens croyaient en lui. Un producteur de disques l’aurait même prévenu qu’il n’y avait peut-être pas de place pour lui dans un Québec blanc. Il n’a pas baissé les bras et, avec son album Parce qu’on vient de loin, il a gagné son pari.

Une grande partie du Québec a craqué pour ce rescapé du génocide rwandais, comme en témoigne le Félix de l’interprète masculin remporté en 2004 à l’issue d’un vote populaire. Sa pop et son sourire charmants ont aussi séduit la France, où il a vendu presque un million de disques. Son nom est connu des Antilles à l’Afrique. Ses revenus pour 2004 ont été estimés à 5 millions par Le Figaro Entreprises, magot qui le classait quatrième artiste à ce chapitre cette année-là, juste derrière Aznavour.

L’amour du public et la gloire ne viennent pas avec une garantie prolongée. L’univers de la musique populaire est plein d’étoiles filantes. Corneille le sait. Sa peur de ne plus plaire transparaît d’ailleurs sur Les Marchands de rêves, album à paraître mardi. « J’ai peur d’être heureux et donc de t’ennuyer / J’ai peur de ne plus plaire, de sortir de vos vies / J’ai peur de devoir me refaire », chante-t-il dans Si tu savais, sur un doux air de bossa nova.

Il y a trois semaines, le jour du lancement de son ami Gage, il disait avoir fait la paix avec tout ça. « Si ça marche moins bien, ça ne m’enlèvera rien, dit-il, attablé dans un resto branché du boulevard Saint-Laurent. Je me suis rappelé que ce n’était que le deuxième album et que ce n’était pas la fin du monde. S’il ne marche pas aussi bien que le premier, ma carrière ne sera pas finie pour autant. »

Retour au pays natal

L’attrait qu’un artiste exerce sur le public tient souvent autant à ses chansons qu’à sa « légende personnelle ». Corneille a toute une histoire. Il a vu le jour en Allemagne, où ses parents faisaient leurs études, mais a passé la majeure partie de sa vie au Rwanda, pays de ses ancêtres. C’est là qu’il a poussé ses premières notes dans des ensembles vocaux a cappella. C’est là qu’il a développé son oreille musicale et commencé à composer. C’est là aussi qu’il a frôlé la mort.

Un jour d’avril 1994, sa famille au grand complet a été massacrée par une milice hutue. Il a échappé aux tueurs en plongeant derrière le divan. Personne n’a vérifié s’il restait des survivants. Il a glissé entre les doigts de la mort à au moins une autre reprise, comprend-on à l’écoute de sa chanson Sur la tombe de mes gens. Il y fait référence à « l’animal qui a changé son destin », à un bourreau un peu las qui lui a dit: « Va, je laisse le plaisir au prochain. »

Chanter n’est pas seulement un métier pour Corneille, c’est aussi un exutoire. Plusieurs chansons de Parce qu’on vient de loin évoquent le génocide rwandais. Aussi, deux titres de Les Marchands de rêves font explicitement référence: Sur la tombe de mes gens, où il parle d’un hypothétique retour au pays natal, et Reposez en paix, adressée à sa défunte mère.

« Un jour, ce sera purgé, dit-il. La preuve, c’est que j’en parle d’une façon très précise sur la chanson Sur la tombe de mes gens. C’est une vraie évolution par rapport à mon premier album. Un jour, je n’en parlerai plus. Le jour où j’y retournerai, ça va fermer la porte. » Pour le moment, il n’est pas prêt à revoir le pays des mille collines… sauf en photo. Il a d’ailleurs écrit quelques textes pour accompagner un livre d’images croquées par un photographe français à paraître au début de 2006.

Un univers tamisé

Au-delà de son drame personnel, ce sont bien sûr ses chansons qui ont touché des centaines de milliers de gens.

Corneille compte beaucoup sur eux pour la suite des choses.  » Mon rapport avec mon public est très particulier, explique-t-il. Des gens se sont attachés à moi parce que je chantais des choses très personnelles. Ce n’est pas comme si j’avais tout inventé et que j’avais fait de la musique pour divertir. J’ai l’impression qu’il y a plus de la substance dans cette relation-là.  »

Ce lien résistera-t-il aux changements apportés à son univers musical? Après avoir séduit des tas de jeunes avec sa voix gracile et un R&B très léché, Corneille a opté pour un son plus acoustique, plus tamisé et des rythmes beaucoup plus lents sur Les Marchands de rêves.

 » Avec le succès, avec la scène, en allant à la rencontre de son public, on prend beaucoup de maturité rapidement, dit-il. Surtout, on se rapproche de sa vraie essence. On a un meilleur sens de la personne qu’on est. À force de tourner, je me suis rendu compte que j’étais plus à l’aise dans cette zone-là. Musicalement surtout.  »

Corneille n’est pas James Brown. Il ne possède pas non plus un organe vocal aussi puissant et agile que Céline Dion. Il a même tendance à fausser, en spectacle. D’où son choix de privilégier une formation acoustique plutôt qu’électrique.  » Je me suis trouvé beaucoup plus à l’aise dans tout ce qui est ballade et mid-tempo « , convient le chanteur.

 » Adulte contemporain « 

Des percussions discrètes, une guitare acoustique, des violons, Les Marchands de rêves fait très  » adulte contemporain « . Le propos, lui, a tout pour plaire aux adolescentes qui ont craqué pour le gentil Rwandais. On imagine déjà son public chanter en choeur sa longue Lettre à la Maison-Blanche- un hymne pacifiste, vous l’aurez deviné- ou le refrain de la chanson titre: On est par milliers, avec ou sans papiers, des marchands de rêves…

La naïveté qui point dans ses textes, Corneille l’assume.  » J’ai un fond de naïveté. Ou d’idéalisme. La ligne est parfois difficile à tracer, estime-t-il. Je suis attaché à ce genre de chansons. Autant dans les paroles qui se fredonnent facilement que dans les mélodies faciles à retenir. Dans celles que j’aime, il n’y a pas de recherche délibérée de faire compliqué. J’essaie d’être le plus simple possible.  »

Et si ses chansons paraissent parfois naïves, malgré toute la douleur contenue dans quelques-unes, c’est parce que le chanteur tient à marquer la différence d’avec la vraie vie.  » Ce n’est pas comme ça dans la vraie vie, insiste-t-il. L’art sert aussi à ça, à rêver. À me faire rêver, moi, et à faire rêver les autres.  »

Source: Alexandre Vigneault – La Presse

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