Corneille : « Il faut accepter de vivre ensemble »

19 novembre 2005 at 7:26 1 commentaire

Le doux Corneille n’est pas connu pour son registre revendicatif. Au rap, il préfère les ballades R & B et les postures de chanteur de charme. Fils d’ingénieur né en Allemagne, c’est au Rwanda qu’il a grandi. Enfance tranquille jusqu’au jour de ses dix-sept ans, où il assiste au massacre de sa famille, victime du génocide interethnique Tutsi-Hutu qui a ensanglanté le Rwanda en 1994. Forcé de quitter son pays, il s’est installé au Québec. Mais c’est en France qu’il connaît le plus de succès depuis son premier album où il chante son pays Parce qu’on vient de loin. Un disque qui a fait de lui une star du R & B, version variétisée du mythique rythm’n’blues. Les Marchands de rêve, son deuxième disque, est plus mature, moins « latin lover » que le précédent. S’il continue de faire référence aux événements tragiques qui ont endeuillé le peuple rwandais, il témoigne du regard des émigrants sur l’Occident. De quoi patienter avant son spectacle de l’Olympia en janvier, où il sera entouré d’une formation de treize musiciens à laquelle viendra s’ajouter un quatuor à cordes.

Pourquoi considérez-vous que cet album est le premier ?

Le précédent a été très important. Mais celui-ci est le disque de la confirmation. Il détermine si on est là pour six mois ou trente ans ! Il a fallu que je me défasse de l’idée que tout m’était acquis après mon succès. Cela m’aurait limité, et dans ma créativité et dans ma volonté de me surpasser. Il a donc fallu oublier le premier album pour commencer une nouvelle page.

Comment s’explique le titre les Marchands de rêve ?

Ce sont ceux qui donnent un peu d’espoir à ceux qui en ont besoin. Au premier degré, je pense aux émigrants qui arrivent ici. C’est parti d’une idée simple, de la perception que ma génération africaine et les plus jeunes ont du petit pourcentage d’artistes et des personnalités africaines qui réussissent en Occident, qui acquièrent une vraie notoriété. Je me suis rendu compte de la place qu’occupent les joueurs du foot dans le quotidien des jeunes : énorme ! Ce sont des exemples de réussite, qui permettent de garder le rêve possible. Qui peuvent faire aussi que l’on avance en Afrique. Dans la société occidentale, il y a un décalage – évident entre les différentes classes sociales. Quand je parle de joueurs de foot ou de comédiens, d’acteurs, d’hommes de lettres ou de gens qui grandissent dans les cités qui en sortent, eux aussi sont des marchands de rêve.

Quelle lecture faites-vous des événements qui touchent les banlieues en France ?

Je suis un peu déçu par les autorités françaises aujourd’hui, bien que je condamne la violence et cette façon de réagir. Au bout du compte, les femmes, les personnes âgées, les enfants, il y a énormément de gens qui n’adhèrent pas à cette manière et qui sont victimes de tout ça. C’est dommage. Les mesures que prennent les autorités accentuent l’isolement de ces gens-là. Quand on brûle, c’est qu’on n’est pas très heureux dans la vie. Dans ces cités, les personnes se sentent abandonnés et la violence est une façon pour eux d’attirer l’attention. À la base de cette révolte, il y a un sentiment d’injustice – sociale. Jusqu’à maintenant personne n’a dit : « Arrêtez la violence, on va vous écouter, dialoguer pour savoir ce qui se passe. » C’est uniquement : « Arrêtez la violence ou on vous met au cachot, ou on vous renvoie chez vous. »

Les chansons Reposez en paix et la Tombe de mes gens s’adressent-elles à votre – famille ?

Je parle du peuple rwandais et de mon retour au Rwanda. Je sais qu’on est plusieurs à y être – retournés après le génocide ou à penser y retourner.

Pour vous, en quoi cette démarche est-elle importante ?
Sur un plan personnel, parce que j’ai envie de renouer avec ce pays. Il va falloir que je m’y rende pour faire la paix avec tout ce qui s’est passé. C’est une façon également de réconcilier le Rwanda. Quand on quitte son pays après la guerre et qu’on y revient, quand c’est un mouvement de masse, c’est un peu comme ça reconstruire un pays. Il y a eu un flux migratoire de gens qui venaient des pays limitrophes, de l’Ouganda, de la Tanzanie, du Burundi, qui se sont installés au Rwanda. En même temps, il y a énormément de gens qui vivent à l’extérieur du pays, pour toutes sortes de raisons.

Quelle est la situation là-bas ?

Complexe. Le pays se reconstruit, mais il y a des séquelles. Après un tel drame, dix ans finalement, c’est peu à l’échelle de l’histoire. Les coeurs des hommes sont toujours blessés. C’est encore plus dur de tourner une page aussi dramatique dans la pauvreté la plus grande. C’est un problème commun à une grande partie de l’Afrique. À cela s’ajoute le sida, dont le Rwanda est atteint comme une partie de l’Afrique australe. Les problèmes sont si nombreux que les gens ne s’en sortent pas vraiment. On juge encore les responsables présumés du génocide. Cette période est très présente dans la vie quotidienne.

Chanter le Rwanda, est-ce un devoir de mémoire de votre part ?

C’est une façon pour moi de me rapprocher de ce pays que j’ai quitté depuis onze ans.

Quelle est la dernière image que vous gardez de votre pays ?

Le grand exode. La ligne impressionnante d’une foule qui fuit. Les centaines de milliers de gens qui marchent avec leurs petits bagages, avec leur famille.

Quel pourrait être votre message aux jeunes qui forment votre public ?

Même si ça paraît naïf, j’ai envie de dire qu’on peut s’en sortir. C’est cette conviction qui manque. Je pense que la génération de mes parents avait un meilleur sens de l’ambition et des possibilités. Ce qui différencie les hommes finalement est futile. Cela ne fait plus aucun sens. Nous sommes condamnés à vivre ensemble. Blancs, Noirs, Arabes, Asiatiques… On vit les uns avec les autres de par la planète. On est plus ensemble physiquement que jamais dans l’histoire humaine, et pourtant on en est encore à se diviser. Il faut juste accepter de vivre ensemble et l’appliquer dans le quotidien. Si on arrive à comprendre cela, il y a espoir en un meilleur monde.

Source: Entretien réalisé par Victor Hache – l’Humanité
Article paru dans l’édition du 18 novembre 2005.

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Un commentaire Add your own

  • 1. coeurty  |  19 novembre 2005 à 10:52

    je suis ravi de lire tout ça mais je veux avoir plus d’informations sur corneile.

    Réponse

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