Touché par la souffrance des enfants sidéens
19 août 2006
Corneille est retourné en Afrique. Pas au Rwanda, mais au Malawi. Le chanteur, ambassadeur de l’Unicef, et sa future épouse sont allés constater par eux-mêmes les ravages causés par le sida auprès des enfants du pays.
Pendant cinq jours, du 5 au 10 juin, Corneille a visité des villages, des écoles et des orphelinats, allant à la rencontre d’enfants, souvent très jeunes et orphelins, dont l’avenir est hypothéqué par le sida.
«C’était troublant même s’il y avait parfois des moments rassurants», confie-t-il.
«L’Unicef, Médecins sans frontières et le gouvernement local font le nécessaire pour fournir le plus de traitements possibles aux gens infectés, mais le problème, c’est qu’il n’y a pas de traitement pour les enfants », a-t-il constaté, déplorant que la façon de traiter les enfants atteints du VIH se résume à des comprimés pour adultes que l’on coupe en deux.
Dure réalité
Dans un pays comme le Malawi, où le taux d’analphabétisme est plutôt élevé, le sida fait des ravages dont Corneille a pu être témoin des origines et des terribles conséquences.
«C’est un pays qui est très catholique. Le président de la république ne parle pas de condom, mais d’abstinence sexuelle. C’est assez obsolète», constate le chanteur.
«Là-bas, la femme qui se dit atteinte du VIH est tout de suite stigmatisée, elle est presque vue comme une prostituée. Les hommes, eux, perdent tout leur prestige d’être des hommes dans la société. On se retrouve alors avec des gens atteints du sida et qui ne le disent même pas», se désole-t-il.
Au cours de son voyage, Corneille raconte avoir été marqué par sa rencontre avec une dizaine d’enfants – frères, soeurs, cousins et cousines – vivant tous dans la même hutte sans aucun adulte à leurs côtés.
«C’est courant, là-bas. […] Leurs parents sont décédés, morts du sida, et avant de mourir, ils leur ont légué cette hutte-là en héritage.
«Le chef du village vient voir de temps en temps si personne n’abuse d’eux, si personne ne leur prend du terrain.»
Un observateur avec un message
Ambassadeur de l’Unicef depuis le mois d’octobre dernier, Corneille s’est engagé à visiter un endroit du globe par année à titre d’observateur.
Touché par la cause des enfants atteints du sida, il a aussi participé, samedi dernier, à la conférence internationale sur la maladie, qui se déroule à Toronto.
«Je suis arrivé à la conférence de presse et je me suis aperçu qu’on parlait de tout autre chose. En fait, on parlait des enfants atteints du sida,mais dans un pays en conflit.
«Mon message manquait un peu de pertinence, mais j’ai changé mon approche en soulevant le fait que la seule façon d’éviter ce problème-là est de régler la situation politique.»
Le Rwanda, un jour
Sa visite au Malawi est sa seconde sur le continent noir (l’autre s’étant déroulée en 2005, pour Africa Live) depuis qu’il a quitté le Rwanda, en 1994, durant le génocide, qui a coûté la vie à tous les membres de sa famille.
Corneille, qui n’a jamais remis les pieds au pays de son enfance, admet que sa dernière visite au Malawi lui a étrangement rappelé le Rwanda.
«Ça m’a fait quelque chose de retrouver les couleurs et les paysages du Rwanda, parce que le Malawi est un pays qui ressemble beaucoup au Rwanda», confie-t-il.
«Les raisons qui m’empêchent de retourner au Rwanda sont très personnelles […]mais ça va arriver. Ça sera une façon pour moi de boucler la boucle», dit-il.
Source: Canoe pour Dany Bouchard – Le Journal de Montréal
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